manon klein
art worker & researcher









De fil en aiguille

Curated by Manon Klein and Natalija Gucheva

B9 Grand Atelier,
ESA Saint-Luc Liège, Belgium

19 June – 3 July 2026

Avec la participation de Louise André, Sacha Buquet, Salomé Cichara, Marie de Lannoy, Maxime Draux, Perrine Dresse, Jérémie Kusunguludi Bakua, Oscar Lardinois, Lisa Lescalier, Nora Lo Manto, Camille Rixen, Aymilie Vanoverschelde, Tom Volont; des étudiant·es du département de conservation-restauration, encadré·es par Valérie Rousseau ; des étudiant·es de troisième année en design industriel, encadré·es par Simon Frémineur et Dimitri Gangolf ; des étudiant·es de l’Atelier Recherche de M1 en communication visuelle et graphique, encadré·es par Éric Vandenberg, Maud Dallemagne et Benjamin Dupuis ; des étudiant·es de l’atelier de found footage, encadré·es par Vincent Martorana ; des étudiant·es de troisième année en bande dessinée et des artistes du Créahm Liège, dans le cadre d’une collaboration initiée par Bertrand Léonard et Jérôme Delhez ; des étudiant·es de première année en illustration, encadré·es par Anne Crahay ; des étudiant·es de l’atelier mené par Marouchka Payen et Mariel Nils du collectif Bye Bye Binary, à l’invitation du collectif FFF et du département Recherche de l’ESA Saint-Luc Liège, dans le cadre du festival Réparer c’est créer ; ainsi que des étudiant·es de deuxième année en architecture d’intérieur, encadré·es par Nastasja Caneve.
Dans un monde marqué par l'épuisement généralisé des ressources, et pourtant encore pris dans l'engrenage d'injonctions à produire toujours davantage, toujours plus vite et toujours plus neuf, réparer est devenu une nécessité autant matérielle que sociale. En choisissant la réparation comme thème pédagogique de l'année, l'ESA Saint-Luc Liège a invité ses étudiant·e·x·s à penser et à créer à partir de ce qui est usé, abandonné, abîmé ou brisé. Il ne s'agit pas de retrouver une forme originelle supposée, ni de masquer les traces du temps, mais de composer avec les fragilités et l'instabilité, et d'imaginer d'autres manières de prendre soin du commun, de l'humain et du plus-qu'humain. 

De fil en aiguille, la réparation s’est déclinée en une série de gestes concrets : démonter, recoudre, rassembler, traduire, adapter, restaurer, rejouer. Ces pratiques peuvent se lire à la lumière de philosophies du faire, du soin et de la résistance. Lorsqu'un·e·x étudiant·e·x ouvre une lampe pour comprendre les logiques d'obsolescence qui découragent sa réparation, iel fait ce que décrit Matthew B. Crawford dans Éloge du carburateur (2009) : réparer, c'est ouvrir le capot et penser dans le cambouis. Transformer des déchets organiques en outils de création rejoint les écrits d’adrienne maree brown dans Emergent Strategy (2017), qui envisage une guérison collective à partir de gestes situés, transmissibles et attentifs au vivant. Rabouter des matériaux récupérés, des bobines endommagées ou des fragments de toile pour leur permettre d’exister autrement rejoint enfin l’invitation de Donna Haraway à « rester avec le trouble » (2016) : habiter les failles du présent plutôt que de chercher à les effacer. À travers les objets et les corps, le langage et la mémoire, les archives et les chantiers, l’artiste travaille à la fois comme mécanicien·ne·x, arpenteur·rice·x et soignant·e·x, attentif·ve·x aux matières, aux liens, aux frictions et aux résistances contemporaines.

Le fil sert ici de principe de liaison. Littéralement, il coud, renforce, structure ; métaphoriquement, il est le fil d'un récit, d'une ligne graphique, d'un parcours à travers les nombreux cursus de l'école, tissant des relations ténues mais continues entre ce qui semblait dispersé. L'exposition se déploie ainsi en une série de « points ». Certains sont empruntés au vocabulaire de la couture : le point de reprise qui consolide ce qui s'est fragilisé, le point arrière qui revient sur le passé, la reliure qui assemble, le point de suture qui referme une blessure sans en effacer la trace. Et, de fil en aiguille, d'autres points apparaissent : le point sensible qui appelle le soin, le point médian qui inclut, le point d'ancrage qui nous relie à ce dont nous héritons et à ce que nous choisissons, à notre tour, de transmettre.









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